Portrait de Sebastián de Morra Vers 1645-Musée du Prado, Madrid
Ce portrait du nain de cour Don Sebastián de Morra a été peint par Velaquez dans l'année 1645. C'est une huile sur toile (106, 5 par 81,5 cm).
Il y a chez l'artiste une volonté de magnifier ce nain dont la difformité physique en faisait un objet de curiosité dans les cours européennes d'alors. Le nain assis à même le sol, comme l'enfant dont il a la taille, regarde le spectateur d'un regard lourd de reproche ou de défi. Toi qui me regarde, seras-tu capable de voir en moi l'homme et non l'être difforme ? Telle semble être la question muette que nous pose encore Don Sebastián de Morra.
Toi, à cheval !
- Eh ! pourquoi pas ? j'ai si
souvent galopé sur un lévrier
du laird de Linlithgow !
Ballade écossaise.
LE NAIN
J'avais capturé de mon séant, dans l'ombre de mes courtines, ce furtif papillon, éclos d'un rais de la lune ou d'une goutte de rosée.
Phalène palpitante qui, pour dégager ses ailes captives entre mes doigts, me payait une rançon de parfums !
Soudain la vagabonde bestiole s'envolait, abandonnant dans mon giron, - ô horreur ! - une larve monstrueuse et difforme à face humaine !
« Où est ton âme ? que je chevauche ? - Mon âme, haquenée boiteuse des fatigues du jour, repose maintenant sur la litière dorée des songes.»
Et elle s'échappait d'effroi, mon âme, à travers la livide toile d'araignée du crépuscule, par-dessus de noirs horizons dentelés de noirs clochers gothiques.
Mais le nain, pendu à sa fuite hennissante, se roulait comme un fuseau dans les quenouillées de sa blanche crinière.
Aloysius Bertrand