Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Univers Féerique

Poème: Alfred de MUSSET (1810-1857) La nuit d'août

Edward-Robert-Hughes---la-nuit-d-ete.jpg

LA NUIT D'AOÛT

LA MUSE

Depuis que le soleil, dans l'horizon immense,

A franchi le Cancer sur son axe enflammé,

Le bonheur m'a quittée, et j'attends en silence

L'heure où m'appellera mon ami bien-aimé.

Hélas ! depuis longtemps sa demeure est déserte;

Des beaux jours d'autrefois rien n'y semble vivant.

Seule, je viens encor, de mon voile couverte,

Poser mon front brûlant sur sa porte entrouverte,

Comme une veuve en pleurs au tombeau d'un enfant.

LE POÈTE

Salut à ma fidèle amie !

Salut, ma gloire et mon amour !

La meilleure et la plus chérie

Est celle qu'on trouve au retour.

L'opinion et l'avarice

Viennent un temps de m'emporter.

Salut, ma mère et ma nourrice !

Salut, salut, consolatrice !

Ouvre tes bras, je viens chanter.

LA MUSE

Pourquoi, coeur altéré, coeur lassé d'espérance,

T'enfuis-tu si souvent pour revenir si tard ?

Que t'en vas-tu chercher, sinon quelque hasard ?

Et que rapportes-tu, sinon quelque souffrance ?

Que fais-tu loin de moi, quand j'attends jusqu'au jour ?

Tu suis un pâle éclair dans une nuit profonde.

Il ne te restera de tes plaisirs du monde

Qu'un impuissant mépris pour notre honnête amour.

Ton cabinet d'étude est vide quand j'arrive;

Tandis qu'à ce balcon, inquiète et pensive,

Je regarde en rêvant les murs de ton jardin,

Tu te livres dans l'ombre à ton mauvais destin.

Quelque fière beauté te retient dans sa chaîne,

Et tu laisses mourir cette pauvre verveine

Dont les derniers rameaux, en des temps plus heureux,

Devaient être arrosés des larmes de tes yeux.

Cette triste verdure est mon vivant symbole;

Ami, de ton oubli nous mourrons toutes deux,

Et son parfum léger, comme l'oiseau qui vole,

Avec mon souvenir s'enfuira dans les cieux.

LE POÈTE

Quand j'ai passé par la prairie,

J'ai vu, ce soir, dans le sentier,

Une fleur tremblante et flétrie,

Une pâle fleur d'églantier.

Un bourgeon vert à côté d'elle

Se balançait sur l'arbrisseau;

Je vis poindre une fleur nouvelle;

La plus jeune était la plus belle

L'homme est ainsi, toujours nouveau.

LA MUSE

Hélas ! toujours un homme, hélas ! toujours des larmes !

Toujours les pieds poudreux et la sueur au front !

Toujours d'affreux combats et de sanglantes armes;

Le coeur a beau mentir, la blessure est au fond.

Hélas ! par tous pays, toujours la même vie

Convoiter, regretter, prendre et tendre la main;

Toujours mêmes acteurs et même comédie,

Et, quoi qu'ait inventé l'humaine hypocrisie,

Rien de vrai là-dessous que le squelette humain.

Hélas ! mon bien-aimé, vous n'êtes plus poète.

Rien ne réveille plus votre lyre muette;

Vous vous noyez le coeur dans un rêve inconstant;

Et vous ne savez pas que l'amour de la femme

Change et dissipe en peurs les trésors de votre âme,

Et que Dieu compte plus les larmes que le sang.

LE POÈTE

Quand j'ai traversé la vallée,

Un oiseau chantait sur son nid.

Ses petits, sa chère couvée,

Venaient de mourir dans la nuit.

Cependant il chantait l'aurore;

O ma Muse, ne pleurez pas !

A qui perd tout, Dieu reste encore,

Dieu là-haut, l'espoir ici-bas.

LA MUSE

Et que trouveras-tu, le jour où la misère

Te ramènera seul au paternel foyer ?

Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière

De ce pauvre réduit que tu crois oublier,

De quel front viendras-tu, dans ta propre demeure,

Chercher un peu de calme et d'hospitalité ?

Une voix sera là pour crier à toute heure

Qu'as-tu fait de ta vie et de ta liberté ?

Crois-tu donc qu'on oublie autant qu'on le souhaite ?

 

Crois-tu qu'en te cherchant tu te retrouveras ?

De ton coeur ou de toi lequel est le poète ?

C'est ton coeur, et ton coeur ne te répondra pas.

L'amour l'aura brisé; les passions funestes

L'auront rendu de pierre au contact des méchants;

Tu n'en sentiras plus que d'effroyables restes,

Qui remueront encor, comme ceux des serpents.

O ciel ! qui t'aidera ? que ferai-je moi-même,

Quand celui qui peut tout défendra que je t'aime,

Et quand mes ailes d'or, frémissant malgré moi,

M'emporteront à lui pour me sauver de toi ?

Pauvre enfant ! nos amours n'étaient pas menacées,

Quand dans les bois d'Auteuil, perdu dans tes pensées,

Sous les verts marronniers et les peupliers blancs,

Je t'agaçais le soir en détours nonchalants.

Ah ! j'étais jeune alors et nymphe, et les dryades

Entrouvraient pour me voir l'écorce des bouleaux,

Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades

Tombaient, purs comme l'or, dans le cristal des eaux.

Qu'as-tu fait, mon amant, des jours de ta jeunesse ?

Qui m'a cueilli mon fruit sur mon arbre enchanté ?

Hélas ! ta joue en fleur plaisait à la déesse

Qui porte dans ses mains la force et la santé.

De tes yeux insensés les larmes l'ont pâlie;

Ainsi que ta beauté, tu perdras ta vertu.

Et moi qui t'aimerai comme une unique amie,

Quand les dieux irrités m'ôteront ton génie,

Si je tombe des cieux, que me répondras-tu ?

LE POÈTE

Puisque l'oiseau des bois voltige et chante encore

Sur la branche où ses veufs sont brisés dans le nid;

Puisque la fleur des champs entrouverte à l'aurore,

Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,

S'incline sans murmure et tombe avec la nuit;

Puisqu'au fond des forêts, sous les toits de verdure,

On entend le bois mort craquer dans le sentier,

Et puisqu'en traversant l'immortelle nature,

L'homme n'a su trouver de science qui dure,

Que de marcher toujours et toujours oublier;

Puisque, jusqu'aux rochers, tout se change en poussière;

Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain;

Puisque c'est un engrais que le meurtre et la guerre;

Puisque sur une tombe on voit sortir de terre

Le brin d'herbe sacré qui nous donne le pain;

O Muse ! que m'importe ou la mort ou la vie ?

J'aime, et je veux pâlir; j'aime, et je veux souffrir;

J'aime, et pour un baiser je donne mon génie;

J'aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie

Ruisseler une source impossible à tarir.

J'aime, et je veux chanter la joie et la paresse,

Ma folle expérience et mes soucis d'un jour,

Et je veux raconter et répéter sans cesse

Qu'après avoir juré de vivre sans maîtresse,

J'ai fait serment de vivre et de mourir d'amour.

Dépouille devant tous l'orgueil qui te dévore,

Coeur gonflé d'amertume et qui t'es cru fermé.

Aime, et tu renaîtras; fais-toi fleur pour éclore.

Après avoir souffert, il faut souffrir encore;

Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
<br /> un merveilleux poète que george Sand a su apprécier ;)<br /> <br /> <br /> bises<br /> <br /> <br /> bon week end<br /> <br /> <br /> christelle<br />
Répondre
S
<br /> bonjour mon amie ravie de te retrouver<br /> <br /> <br /> reprise apres pause mais beaucoup à faire avec le ramadan<br /> <br /> <br /> journée chaude,pas de faim mais la soiF domine<br /> <br /> <br /> j'aime ton nouveau look et ramadan mabrouk bisous<br /> <br /> <br /> pc occupé en prtie par mon benjamin en vacances mais je suis ravie de vous retrouver bonne fin de semaine à bientot<br />
Répondre